Les mammifères marins n’émettent pas de phéromones
dans l’eau, ces molécules attractives pour l’autre sexe.
Alors la séduction consiste en danses, sauts, postures et gestes des
bras, attouchements et chants d’amours. Peut-être même que
les cétacés ont développé leurs extraordinaires
facultés vocales afin de trouver et de communiquer avec les femelles.
Dans l’eau, les sons se propagent beaucoup mieux que dans l’air
: les sons d’une fréquence de 20 Hertz ne perdent que 3 décibels
en parcourant 9000 km. Ils dépendent de la température et de
la salinité de l’eau. Au sein de la mer, apparemment unie, circulent
des courants de température et de salinité différents,
véritables "fibres aquatiques" d’un Internet marin.
Le haut débit : entre 800 et 1000 m. de profondeur, ce qui
permettrait à ces animaux de communiquer d’un pôle à
l’autre !
Trois positions amoureuses existent chez les cétacés. Les deux
amants sont couchés sur le côté, en plongée, ventre
à ventre. Une position décrite par Aristote lui-même,
il y a des siècles. Où alors, la femelle nage sur le ventre
en surface, et le mâle à l’envers, sous elle. La femelle
guide alors son gros mari marin en l’enserrant dans ses longues nageoires
pectorales. S’ensuivent tapes et tendres coups, et toute une collection
de caresses et de baisers chargés de bernacles. Quelques cas ont été
observés d’accouplement frontal, les deux animaux debout à
mi-surface. Mais le rapport n’est pas toujours réussi :
en Basse Californie Philippe Cousteau a ainsi observé en surface, une
grande tâche mousseuse de 35 m. de diamètre, sperme qu’un
mâle précoce avait répandu à la suite d’un
essai raté…
Tout n’est pas toujours aussi doux chez les géants des mers.
L’océanographe Sylvia Earle qui a longtemps étudié
les baleines à bosse autour de Hawaï a observé que les
mâles produisent un nuage de bulles autour de la femelle convoitée,
en une sorte de voile symbolique. Si d’autres mâles s’approchent
tout de même, de violents combats se produisent : coups de tête,
coups de queue en surface, et collisions qui occasionnent de profondes blessures
dans la peau fragile des cétacés en raison de la présence
des bernacles, coquillages parasites, très durs.
Si le rorqual boréal semble monogame, le cachalot est un macho à
la jalousie féroce qui se réserve toutes les femelles de son
harem. Les autres mâles ne peuvent que suivre, attendant une défaillance
passagère du Rocco des mers qui par ailleurs fait l’amour toute
l’année.
L’accouplement se déroule de manière acrobatique, sans
aucun appui. L’érection du mâle est soudaine. Son long
pénis rosé, fibreux et élastique se déroule de
sa position en S pour venir trouver la vulve de la femelle. Le rapport ne
dure au plus que 30 secondes, le plus souvent à l’aube. Au réveil
du monde, en quelque sorte... Les parties génitales de la femelle baleine
ressemblent à s’y méprendre à celles de la femme,
si ce n’était la taille : le vagin mesure plus d’1m40.
La femelle est également pourvue d’un clitoris court (enfin,
tout est relatif) et recourbé, ce qui prouve la réalité
du plaisir sexuel chez ces géantes pour ceux qui en douteraient…
Il est presque de règle que la femelle soit courtisée par plusieurs
mâles. Souvent, c’est la femelle qui décide, en fonçant
vers le mâle qu’elle a choisi, donnant à ce dernier un
avantage considérable. Un autre mâle est souvent présent,
et bon prince, pratique le triolisme en donnant un appui à la femelle
conquise. Chaque accouplement se termine par de grands frissons d’orgasme
au milieu des tourbillons d’écume...
©
2003 Francis Le Guen