Il y a plus de quinze ans, à Monaco, le Figaro Magazine m'avait envoyé photographier le Seabus, premier sous-marin grand public construit par la Comex. Je shootais sous tous les angles l'engin piloté par Henri-Germain Delauze qui évoluait sous l'eau d'un parc marin reconstitué comme seule la principauté est capable d'en inventer. L'équipe de Thalassa était également présente au grand complet et j'étais gêné sans cesse par un phoque-moine, toute moustache dehors, qui poussait devant lui un quinze tonnes qui s'avérait être une caméra sous-marine. Le tout avec l'impérialisme tranquille des équipes de télévision face aux solitaires photographes amphibies mais free-lance… Il se trouve que René, parce que c'était lui, avait le même problème avec moi qui flashait sans cesse et qu'il manquait aussi cruellement d'un plongeur pour donner l'échelle du sous-marin. Avec un culot que je trouvais extraordinaire, il me demanda par signes sous l'eau, de poser ! J'acceptais de plus ou moins bon cœur et fis plusieurs fois le tour du sous-marin, adressant de petits coucous à Delauze au passage, avant de reprendre enfin mon travail. René Heuzey, marseillais, ancien routier, s'est fait tout seul et a tourné la majeure partie des séquences sous-marines de Thalassa au fil des ans. Il possède un tel stock d'images qu'on l'appelle dans les chaînes : "le marchand de poissons". Ensuite, nous nous sommes croisés plusieurs fois au gré des Festivals et, appréciant son professionnalisme et sa simplicité, je lui avais toujours dit que nous travaillerions ensemble un jour. En tant que rubriqueur de la chaîne Voyage, j'avais eu souvent recours à lui pour illustrer mes propos, et il m'avait toujours offert ses images en raison du budget très serré de la chaîne naissante. C'est au Cap Vert qu'on s'est retrouvés sous l'eau où il avait pris la relève de l'équipe sous-marine moribonde de la série 1. Depuis, il participe à tous mes tournages sur une base régulière. René, c'est un peu le 4 x 4 de la prise de vue sous-marine : authentiquement passionné, rien ne l'émeut particulièrement, et sa bonhomie marseillaise fait merveille partout dans le monde. C'est en Corse que j'ai mesuré ses "limites" : il s'agissait de filmer le corailleur Jean-Philippe Giordano qui récolte l'or rouge, plongeant à 80 mètres de profondeur à l'air. René fut alors intraitable, refusant que son assistant-lumière l'accompagne : il plongerait seul ! Encore en surface, avant la descente aux abysses, nous avons échangé à travers le masque un long regard… Quinze minutes après leur descente, je sondais à mon tour puisqu'il était prévu un rendez-vous filmé au premier palier de - 30 mètres. J'avoue que je suis descendu plus bas… à moins que ce ne soit mes yeux, perdus dans la transparence du bleu profond, d'où montaient les méduses de cristal et de vie. Les images du fond étaient superbes et René eut pour moi ce commentaire : "il y avait longtemps…". |
© Francis Le Guen |

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Un métier : réalisateur sous-marin... |
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| Le jour où j'ai rencontré Heuzey... |